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Certaines idées sont ancrées dans le milieu de l’accompagnement, et parfois si répandues, qu’on en oublie de questionner leur véracité, leur origine ou leur utilité. L’idée que chacun a tout ce qui lui faut pour être heureux fait certainement partie de cette catégorie. 

L’hypnose Ericksonienne et l’inconscient bienveillant

Cette vision faisait partie de la philosophie de Milton Erickson, figure majeure de l’hypnothérapie, qui considérait que chacun porte en lui les ressources pour mener une bonne vie.

À première vue, cela peut sembler logique : l’humain est comme la graine, qui a tout ce qu’il faut en elle pour faire pousser l’arbre, qui à son tour donnera le fruit. 

D’un autre côté… que vaut la graine sans une terre fertile, la lumière du soleil et un apport d’eau adéquat ? 

(Ce qu’il y a de bien avec les métaphores, c’est qu’on peut leur faire dire ce qu’on veut 😉) 

Cette idée s’accompagne généralement de la conception d’un inconscient “bienveillant et protecteur”, qui chercherait à nous guider vers une vie épanouie. 

Mais alors… où était cet inconscient protecteur, au moment où les difficultés de nos clients se sont installées ? 

Les différentes facettes d’une croyance

D’un côté, je comprends ce que cette philosophie a de séduisant : elle peut faciliter l’empowerment, et la confiance dans le processus de changement. Une personne qui croit en ses capacités d’évolution a plus de chances de réaliser cette évolution. Un phénomène bien documenté, lié au concept de prophétie auto-réalisatrice

En même temps c’est une pensée magique, qui a d’autres effets potentiels moins positifs. Elle peut par exemple nous couper de nos responsabilités. J’ai reçu en consultation plusieurs personnes, qui attendaient à se “reposer” sur leur inconscient pour faire. Elles ont entendu dire qu’elles avaient toutes les ressources, mobilisées par un inconscient protecteur. Pourquoi donc chercher à comprendre, faire des efforts, ou tester de nouvelles choses ? L’inconscient se chargera bien de ça !

À l’inverse, j’ai eu une autre cliente que cela faisait culpabiliser. “J’ai toutes les ressources pour y arriver, mais je n’y arrive pas… C’est que je ne le veux pas suffisamment…”

En réalité, chacune de ces choses peut être vraie, à différents moments, pour différentes personnes. Et donc que révèle cette croyance dans le fond

Nous avons toutes les ressources en nous, mettons. Une fois que l’on a dit ça, qu’a-t-on vraiment dit ? La croyance n’est pas complètement fausse, elle est juste vide de sens appliquée mécaniquement

Travailler ses croyances

Le problème, comme souvent, réside dans le manque de flexibilité. Lorsqu’on plaque une philosophie préconçue sur toutes les situations rencontrées, on essaie (inconsciemment !) d’adapter ce que l’on perçoit à notre théorie, plutôt que l’inverse, au risque de passer à côté de ce qui se joue vraiment, et de se donner la possibilité de réfléchir à ce dont la personne a vraiment besoin. 

Il nous faut prendre du recul sur nos présupposés, et les axiomes de notre pratique. Pour en évaluer leur robustesse, mais pas seulement : surtout pour juger de leur utilité. On peut ainsi se demander : 

  • Est-ce que cette croyance s’applique vraiment à la situation de la personne face à moi, ou est-ce que j’avais cette croyance ancrée avant de connaître la situation ?
  • Est-ce que cette croyance peut s’accommoder avec la philosophie de la personne, avec sa manière de se raconter ? Ou est-ce qu’elle créera une dissonance, qui peut être exploitable comme difficile à accepter ?  
  • Est-ce que cette croyance peut aider la personne ? Est-ce qu’elle lui donnera confiance, espoir, envie d’avancer ? Ou est-ce qu’elle risque de la paralyser, ou de la faire culpabiliser ? 

C’est en questionnant nos propres croyances, et pas seulement celles de nos clients, que l’on peut proposer un accompagnement qui soit vraiment coopératif, plutôt qu’un processus calqué sur notre vision du monde, qui laisserait la personne dépendante d’une aide extérieure, et donc… déconnectée de ses ressources !

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